Tout dépendait du vent. Le meunier avait l'œil et l'oreille : l'œil, parfois aidé par une lunette, lui permettait de voir qu'un moulin tournait au loin. Le vent ne serait pas long à venir jusqu'au sien. L'oreille, surtout la nuit, lui permettait d'entendre les feuilles bruisser, signe que le vent se levait. Arrivé à son moulin, le meunier le poussait au vent, ouvrait les ailes et mettait en route.
Si le vent était indispensable, il fallait toutefois se méfier des sautes de vent « des revers de galerne », qui faisaient sauter d'un seul coup le vent d'ouest au nord-ouest. Le meunier, qui le sentait venir, se méfiait. Il fallait faire vite pour replier les ailes et mettre le moulin au vent.
Il y avait aussi des jours sans vent ce qui signifiait le chômage pour le meunier. Il y avait alors les réparations à faire au moulin. Le gros travail était le rhabillage des meules qu'il fallait effectuer trois ou quatre fois par an. Et puis il y avait un tas de travaux qui demandaient au meunier d'être un bon bricoleur. Il devait être capable de changer un arbre, de réparer les ailes. Les meuniers, qui se connaissaient tous, se donnaient volontiers un coup de main pour effectuer les grosses réparations quand il s'agissait de changer une poutre, une aile ou un arbre.
Quand le moulin tournait, la journée du meunier commençait de bonne heure. Les clients apportaient leurs sacs et la journée commençait. Le meunier pouvait aussi se charger des livraisons.
Les moulins
La Beauce n'a que peu d'eau, mais elle a le vent. Le vent mal élevé parce-que jamais contrarié, qui claque les portes des granges et les contre-vents, ébouriffe les volailles, décercle fûts et baquets, soulève les jupons. Seuls les moulins lui tiennent tête. C'est le mariage du vent et du moulin. La grande plaine est inséparable de ses moulins. Avec les clochers, ils donnent la vie au paysage.
Malheureusement, entre les deux guerres, une administration tatillonne les a démolis car souvent, même pour un moulin arrêté, le fisc continuait à exiger l'impôt.
Les moulins en bois étaient les plus nombreux. Les moulins de pierre ou moulins-tour à toit mobile étaient beaucoup plus rares.
Fort heureusement, des associations ont permis de restaurer ou de conserver quelques exemplaires de ces géants de la plaine que nous voyons avec plaisir brasser le ciel de leurs ailes de bois.
A Autainville, nous avons connaissance de trois moulins : un à Vallières, un à Parrainville et un autre face au cimetière.