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Autainville
 Les fêtes & assemblées
récit de Mr Jules Serruau sur des faits datant de 1882-1885
« Nous avions des fêtes dans l'année, en particulier les assemblées des villages et même des hameaux.

C'est d'ailleurs chez nous, à Autainville, que se tenait la première de l’année : c'était l'assemblée de pâques, pour se distinguer aussi de celle qui aurait lieu plus tard, l'assemblée de septembre. Nous fêtions ainsi le printemps et la fin de l'été.

L'assemblée de pâques, c'était aussi pour nous l'époque où, quittant enfin nos sabots d'hiver, nous prenions des souliers solides. Oh! Des souliers solides mais qui nous paraissaient si légers que nous n'en finissions pas de galoper. Bien plus, c'était l'occasion d'étrenner un vêtement neuf ; aussi les gamins rassemblés sur la petite place de l'église examinaient d'un œil critique les costumes de tous les arrivants.

Nous savions qu'à notre assemblée nous n'aurions pas de chevaux de bois, il n'y en a jamais eu et nous le savions, mais nous attendions de nombreuses boutiques et une fois il y en avait bien une douzaine. Dès le matin nous allions surveiller l'installation et les informations couraient « il y en a une de montée... » « déjà six... » et on se livrait a des commentaires sans fin, exultant dans l'attente de choses merveilleuses dont le sucre d'orge, la pâte de guimauve, les berlingots, le beau sucre de pomme bien enveloppé ou la pipe en sucre toute rouge avec son tuyau jaune . Tout ceci constituait le fond, et tout l'après midi on tournait autour des boutiques tout en tâtant les quelques sous au fond de notre poche.

Et puis notre assemblée était l'occasion de recevoir quelques amis du voisinage avec leur famille, et le soir nous avions un dîner qui nous paraissait un festin car il y avait toujours un rôti de veau, et parfois même des raisins secs, toutes choses qui n'apparaissaient que ce jour là sur notre table.

Dans les environs nous avions l'assemblée de Vallières. Il n'y avait qu'une ou deux boutiques et cependant nous nous dépêchions d'y partir dès midi comme pour y voir des attractions sans pareil, ensuite on tournait longtemps, longtemps autour des friandises étalées. Mais on nous invitait beaucoup de maisons en maisons, si bien qu'en rentrant le soir nous étions gavés.

A La Colombe, l'assemblée était plutôt maigre mais nous y avions des parents. A Binas, la Saint-Jean était plus intéressante, mais ce qui surpassait tout, c'était la Saint-Michel à Marchenoir.

On en parlait au moins un mois à l'avance car il y avait des chevaux de bois, des saltimbanques en quantité et des boutiques de toutes sortes avec des jouets superbes. Pour y aller, on prenait à travers bois et de fort loin on entendait le bêlement des agneaux, le meuglement des vaches et le hurlement des saltimbanques. Alors on hâtait le pas et finalement c'est en courant que nous arrivions. Là c'était pour nous l'ahurissement complet, au milieu de la foule qui se bousculait et de cette population au teint cuit et recuit, à la voix rauque et brutale, aux gestes brusques incessants et inquiétants, aux regards impérieux et fuyants.

On ne se lassait pas de passer et repasser devant les boutiques et les baraques en se demandant longuement où l'on allait pouvoir dépenser les quatre sous que l'on sentait au fond de notre poche et sur lesquels on tenait prudemment la main.

L'entrée dans une baraque coûtait deux sous. Pour ces deux sous, on pouvait contempler de près l'indigène des îles « Vanikor » dont on entendait les hurlements féroces et le bruit des chaînes qui heureusement l'entravaient. Anthropophage par nature, on lui envoyait un morceau de temps en temps par dessus la toile pour le calmer.

Mais il y avait aussi la vipère des Indes, monstre qui avait coûté la vie à on ne sait combien d'explorateurs, enfin capturée mais toujours aussi redoutable, et bien d'autres phénomènes aussi extraordinaires que nous avions l'occasion unique de pouvoir contempler à cette Saint- Michel lorsque le monde entier se les disputaient. Il y avait aussi les jeux d'adresse où le tenancier vous montrait combien il était facile de gagner, offrant même un tour pour l'honneur et souvent on réussissait, mais si on jouait véritablement en risquant deux sous, on perdait toujours !

Cependant le jour tombait vite fin septembre et nous repartions au coucher du soleil avec regret tandis que la musique des chevaux de bois semblait nous rappeler. Nous entrions dans la forêt poursuivis par cette musique nostalgique, ne sachant trop à la fin si c'était bien le son qui nous parvenait ou si c'était seulement le souvenir qui persistait dans nos oreilles.

Mon père venait au devant de nous et nous arrivions tout mélancoliques à la maison. C'en était fini des fêtes de l'année et il nous faudrait attendre le 1er janvier.

Sans doute il y avait Noël et les merveilles de la boutique à Fatique devant lesquelles, pendant des heures, les mains enfoncées dans les poches, enflant le dos sous la bise souvent glacée, nous restions le nez collé à la vitrine contemplant les grosses oranges enveloppées dans du papier fin et aussi des cartes gaufrées, découpées, argentées, dorées qui paraissaient scintiller.

Puis il y avait la messe de minuit et la voix de stentor de notre chantre Culin entamant Minuit chrétien, et au petit jour la galopade à la messe de l'aurore, mais le grand jour, c'était le premier janvier.

Pendant la nuit du 31 décembre nous ne dormions guère. Nous couchions tous dans la cuisine et c'est souvent que nous regardions à la fenêtre pour surveiller l'arrivée de la pointe du jour. Dès les premières lueurs on se levait vivement et on allait souhaiter la bonne année partout.«Une bonne année et une bonne santé et le paradis à la fin de vos jours» «A vouspareillement mes enfants» et quelquefois c'était tout et nous repartions un peu déconfits. Heureusement nous avions souvent une galette, c'est à dire un petit gâteau sentant un peu le renfermé, ou un bonbon un peu poisseux ou enfin chez des parents un peu plus aisés, un petit sous. Par chance le village comptait pas mal d'épiciers à l'époque et là il y avait foule pour frapper à leur porte de bon matin Nous avions toujours quelques friandises et chez l'un d'eux nous étions sûrs d'avoir une image d'Epinal, ce qui n'était pas Fétrenne la moins convoitée. On arrêtait les copains dans la rue pour voir quelle histoire il y avait sur leur image et on leur montrait la nôtre en échange.

C'est vers ces années là qu'une autre fête vint s'ajouter: le 14 Juillet avec la permission de chanter la Marseillaise. Au début nous n'étions pas très rassurés, mais on prit très vite de la hardiesse et bientôt jeunes et vieux la chantaient en cœur tandis que nous pouvions contempler avec extase des illuminations bien modestes et applaudir un feu d'artifice.

Et puis peu à peu des fanfares se montèrent dans les communes voisines et je me souviens d'un jour d'assemblée de pâques où la fanfare de Binas arriva sur la place au son de la Marseillaise, elle obtint un succès fou. Chez les gamins c'était le délire et les anciens avaient l'air tout drôles en fumant leur pipe. Beaucoup étaient nés sous le premier empire.

Les veillées

J'aimais beaucoup ma grand-mère. Nous nous plaisions beaucoup chez elle et pendant tout l'hiver nous nous dépêchions de souper pour courir y passer la veillée. En arrivant nous prenions un air de feu pendant quelques minutes et bientôt nous nous dirigions vers un placard plein de vieux almanachs déjà lus et relus. Nous en choisissions deux ou trois et on n'entendait plus le moindre bruit jusqu'à huit heures. C'était l'heure du départ dès que l'horloge à répétition avait sonné pour la seconde fois, la grand-mère s'agenouillait au pied de son lit pour sa prière du soir avant d'aller se coucher. Il ne nous restait plus qu'à sortir en souhaitant bonne nuit.

Cependant, quand par hasard nous avions un livre nouveau, car elle s'ingéniait pour nous en trouver et quand la lecture n'était pas tout à fait terminée, nous étions autorisés à l'achever. Souvent il y avait quelques surprises dans le four du poêle: pommes cuites, marrons, pommes de terre et elle était toute heureuse de nous les montrer. Plus tard elle nous acheta un jeu de l'oie puis un jeu de dames. Les veillées devenaient plus fréquentées et cependant, ce que nous attendions toujours avec impatience, c'était l'almanach nouveau dont nous guettions l'arrivée à la devanture de l'épicier. C'était “Le Bavard”, petit, épais, mal imprimé sur du papier de mauvaise qualité avec sa couverture rouge et son gros titre noir.

Assemblée de Pâques

Extrait de la délibération du conseil municipal du 13 avril 1791.

Le 13 avril 1791, il a été décidé que l'assemblée, qui se tenait ordinairement à l'abbaye de Citeaux le lundi de Pâques, soit transférée au bourg de. la paroisse d'Autainville. Ils craignaient qu'une assemblée aussi importante pour le commerce de ce canton (qui consiste en bois, en écorces, et bestiaux) et qui attire une grande affluence de marchands, ne vienne à tomber.

Note: Les communes, à cette époque, n'étaient pas encore délimitées comme actuellement, elles le furent en 1803. Citeaux faisait donc bien partie d'Autainville.