Avez-vous un jour grimpé la petite route qui mène au Châtelier ? L’origine de ce nom vient du fait que ce point culminant de la commune était le lieu idéal pour l'édification d'un château-fort, pas de ces châteaux avec tourelles, murs épais, mâchicoulis, mais plutôt de ces châteaux du moyen-âge faits de bois et de pierres protégés par de hautes palissades de bois.
Ancien fief et manoir, l'enceinte primitive était à peu près carrée avec des fossés de 100 mètres de longueur et de 8 à 10 mètres de largeur. Au nord-est de la maison qui appartenait à Mr Jean Boissonnet subsiste encore un vestige de ce fossé long d'environ 30 mètres.
Ce lieu est habité depuis fort longtemps puisqu'on aperçoit encore, dans les champs, les limites d'un camp romain. Il existait un four pour cuire les poteries. De nombreux éclats jonchent encore les champs alentours, mais avec la mécanisation des machines agricoles, ces éclats deviennent de plus en plus petits.
Ce petit promontoire qui surplombe la plaine d'environ 28 mètres était un lieu idéal d'observation surtout au temps des invasions barbares. Par beau temps la vue peu porter à plus de 20 kilomètres.
Le vignoble du Châtelier
II fut un temps pas si lointain où tout le versant Est du coteau était couvert de vignes. L'exposition n'était pas très favorable, un versant Sud ou Ouest aurait bénéficié d'un meilleur ensoleillement. Par contre, le terrain argilo-siliceux avec beaucoup de silex convenait bien à la culture de la vigne. Les Gallo-Romains qui avaient investit ce coteau cultivaient-ils déjà la vigne ? Nul ne le sait.
Toujours est-il que le dernier propriétaire du domaine du Châtelier aurait vendu aux habitants d'Autainville, par parcelles de 50 ares environ, 15 à 20 hectares de terre, à la condition que ces parcelles soient plantées en vigne. Les nouveaux propriétaires devaient seulement acquitter les frais notariaux. En quelle année cette donation a t-elle été faite et par qui ? Toujours est-il que ce coteau se trouva planté en vignes avec aussi quelques rangées de pommiers à cidre et de pêchers .
Mais hélas, dans la seconde moitié du 19ème siècle, l'arrivée du phylloxéra anéantit le vignoble. Mais les paysans ne se découragèrent pas, ils replantèrent de nouveaux cépages issus de souches américaines insensibles aux terribles acariens. On trouva alors des cépages nommés : Gaillard, Hotello, Bacco, 54-55, et aussi le fameux Noah dont le vin, paraît-il, rendait fou.
Vers 1950 arriva un autre fléau pour la vigne : le tracteur. Les chevaux ayant disparus, les vignes plantées à un écartement de 1 mètre ou 1,50 mètre ne permettaient pas le passage d'un tracteur.
Les ceps déracinés, un feu au bout d'un champ, ainsi moururent la presque totalité des vignes. Les dernières moururent de leur belle mort avec le dernier des anciens.
Et puis le remembrement des terres vint tout bouleverser. Fini le Chemin Des Vignes, le Sentier Blanc, le Chemin Bas, les soirées de festin le jour des vendanges, les pressoirs, les casse-raisins, le raisin que l'on foulait aux pieds et les belles filles barbouillées de raisin.
Ainsi va la vie: de belles choses s’en vont, mais pour quelques temps encore, le souvenir reste.
Propos recueillis auprès de Mr Jean Boissonnet